Quelle déception ! De un, la guesthouse où
je restais devais avoir une piscine. C’est vrai qu’il n’était nulle part
mentionné qu’elle était pleine, mais bon, je croyais que c’était entendu, du
moins jusqu’à ce que j’arrive face à une fosse de béton complètement vide. De
deux, la vieille ville de Telavi, dont on m’avait dit beaucoup de bien, n’est
en fait qu’un gigantesque Disneyland de la Géorgie d’antan. Tout a été refait pour que les
hordes de touristes (grrrrr) s’y sentent bien, dans un bel environnement
aseptisé comme on les aime. Très peu pour moi. Et de trois, il régnait dans
cette ville une atmosphère de m’as-tu-vu : à part des touristes en
pâmoison, j’y ai surtout vu des jeunes bien fringués et ne lésinant pas sur de
grossières chaînes en or faire vrombir le moteur de leur BMW en écoutant de
l’épouvantable techno russe. Il m’a suffit d’en voir un volontairement effrayer
un pauvre petit chien errant pour que la rage qui bouillait en moi me devienne
insupportable et me force à quitter les lieux au plus vite. Je sais, je suis un
grand tendre.
Faux départ en Géorgie, donc. Je me suis
ensuite dirigé vers un petit village dont, encore une fois, on me disait
beaucoup de bien (le Lonely Planet allant même jusqu’à le qualifier de plus
beau village de la région). Arrivé à Sighnaghi, la même impression d’artifice
qu’à Telavi m’a accueillie. Il faut dire que le gouvernement géorgien a décidé
d’en faire un « village touristique », et ce à grand coups d’hôtels
et de casinos. J’y ai néanmoins trouvé une guesthouse sympa où je me suis posé
pour deux jours. Ah oui, et le vin géorgien n’est pas meilleur que le vin
arménien (pire mal de tête de ma vie).
Il fallait bien me rendre à
l’évidence : le Kakheti n’est pas pour moi. Peut-être que la sévérité des
hauts monts du Caucase me serait plus agréable que l’hédonisme clinquant des
plaines vinicoles ? Alors départ pour Kazbegi, au pied du mont Kazbek (5047 m ). Dès le lendemain,
pour me mettre en forme, petite randonnée de 7 heures, avec ascension totale de
1 400 mètres, pour aller voir une église (ben oui, encore) et un glacier.
Ça compense pour mes nombreux kachapuri
(une quelque peu calorique tarte/pâtisserie au fromage garnie d’un œuf et
parfois de beurre fondu).
À Kazbegi j’ai rencontré Fredrik et
Thorsten, deux frères allemands avec lesquels j’ai rapidement sympathisé. Ils
avaient l’intention d’aller passer une nuit à Juta, un minuscule village
(enfin, faut le dire vite, c’est environ 10 maisons) dans les montagnes, et
m’ont gentiment proposé de les accompagner. Nous nous sommes donc rendus
là-bas, dans une jolie vallée au cœur du Caucase, et j’en ai profité pour louer
un cheval. Je ne suis pas tout à fait un cowboy, mais je n’en suis pas à ma
première randonnée équestre; il m’a toutefois semblé plus sécuritaire de partir
avec un guide, au cas où. Je dois dire que j’ai été un peu déçu quand j’ai vu
le guide arriver… à pied. Doutant de mes capacités à diriger la jument docile
qui m’avait été attribuée, celui-ci, malgré mes demandes répétées, a insisté
pour guider lui-même ma monture à l’aide d’une corde. Au lieu d’une folle
chevauchée dans les montagnes, ce fut plutôt l’équivalent d’un tour de poney à
la foire du village. Mais bon, passons.
La nuit suivante fut passée à Gori, ville
natale d’un certain Iosif Dougashvili. Illustre inconnu, me direz-vous ? Ben
non, bande d’incultes, c’est Staline. Cela explique d’ailleurs l’unique raison
de ma visite : le musée Staline, où l’on trouve une panoplie de souvenirs
se rapportant à ce célèbre géorgien, et même son wagon privé, avec lequel il se
rendit entre autres à la conférence de Yalta. J’ai d’ailleurs pu y constater
que, comme je m’en étais douté lors de mon voyage en train entre Moscou et
Astana, les installations sanitaires des trains russes n’ont pratiquement pas
évolué depuis 1945.
Ce fut tout pour Gori. Ah oui, une petite
chose encore : il semble que le Lonely Planet se fasse une joie de se
moquer de moi en me promettant des piscines dans des guesthouses un peu
partout. Cette fois, il y avait bien une pataugeoire pour enfant, mais je me
suis abstenu.
Avec plus que quelques jours avant d’aller
attendre Kevin à Tbilissi, je me suis dirigé vers le sud, plus précisément à
Akhaltsikhe, histoire de m’y reposer un peu et de visiter la cité troglodytique
de Vardzia, dont je reviens à l’instant. Joli mais, encore une fois, quand on a
fait la Cappadoce
et Lalibela, il est difficile d’être impressionné par quelque bâtiment troglodytique
que ce soit. Il y avait cependant de belles fresques dans l’église, que le
regard sévère du prêtre m’empêcha de photographier. Il faut dire que les
Géorgiens sont très pieux, et toutes les églises médiévales à visiter sont encore
des lieux de culte actifs. Cela explique l’interdiction de photographier, même
s’il n’y semble pas interdit d’y parler très fort au cellulaire.
C’est un peu tranquille, tout ça, non ? Ben
oui, mais je vous l’avais dit, le Caucase c’est pépère. Je veux bien vous
donner un peu de piquant, quand même. Et aller ! Un petit palmarès !
Top 3 des voyages en marshrutka (minibus) les plus désagréables :
3-La fois où le chauffeur, visiblement
pressé, roulait à 160 km/h ,
parlait au téléphone, mangeait des graines de tournesol, a fait deux sorties de
route et a presque heurté une vache d’au moins 500 kilos.
2- La fois où nous étions tellement
entassés que j’ai passé une heure le visage directement dans les fesses d’un
militaire qui, selon toute vraisemblance, n’avait pas pris sa douche depuis
quelques jours.
1- La fois où j’étais assis à côté d’une
bonbonne de propane qui fuyait et de son propriétaire qui le niait.
Bon, c’est tout ! Demain, Tbilissi, achat
de billets de train et visite à l’ambassade… d’Irak. Je vous en dis plus très
bientôt.
François






