Friday, June 28, 2013

Dans les montagnes


 En arrivant en Géorgie, j’ai réalisé que j’avais une dizaine de jours à tuer avant que mon ami Kevin ne me rejoigne à Tbilissi. Parfait, j’en profiterai donc pour visiter les régions du pays que je ne visiterai pas avec lui. La première à attirer mon attention fut Kakheti, peut-être en partie parce qu’il s’agit ici de la région vinicole. Mes quelques dégustations de vin arménien ne furent pas particulièrement concluante (surtout que j’arrive de France), mais bon, laissons la chance au coureur. Je me suis donc diriger vers Telavi, la plus grande ville du coin, où je prévoyais rester quelques jours.

Quelle déception ! De un, la guesthouse où je restais devais avoir une piscine. C’est vrai qu’il n’était nulle part mentionné qu’elle était pleine, mais bon, je croyais que c’était entendu, du moins jusqu’à ce que j’arrive face à une fosse de béton complètement vide. De deux, la vieille ville de Telavi, dont on m’avait dit beaucoup de bien, n’est en fait qu’un gigantesque Disneyland de la Géorgie d’antan. Tout a été refait pour que les hordes de touristes (grrrrr) s’y sentent bien, dans un bel environnement aseptisé comme on les aime. Très peu pour moi. Et de trois, il régnait dans cette ville une atmosphère de m’as-tu-vu : à part des touristes en pâmoison, j’y ai surtout vu des jeunes bien fringués et ne lésinant pas sur de grossières chaînes en or faire vrombir le moteur de leur BMW en écoutant de l’épouvantable techno russe. Il m’a suffit d’en voir un volontairement effrayer un pauvre petit chien errant pour que la rage qui bouillait en moi me devienne insupportable et me force à quitter les lieux au plus vite. Je sais, je suis un grand tendre.

Faux départ en Géorgie, donc. Je me suis ensuite dirigé vers un petit village dont, encore une fois, on me disait beaucoup de bien (le Lonely Planet allant même jusqu’à le qualifier de plus beau village de la région). Arrivé à Sighnaghi, la même impression d’artifice qu’à Telavi m’a accueillie. Il faut dire que le gouvernement géorgien a décidé d’en faire un « village touristique », et ce à grand coups d’hôtels et de casinos. J’y ai néanmoins trouvé une guesthouse sympa où je me suis posé pour deux jours. Ah oui, et le vin géorgien n’est pas meilleur que le vin arménien (pire mal de tête de ma vie).

Il fallait bien me rendre à l’évidence : le Kakheti n’est pas pour moi. Peut-être que la sévérité des hauts monts du Caucase me serait plus agréable que l’hédonisme clinquant des plaines vinicoles ? Alors départ pour Kazbegi, au pied du mont Kazbek (5047 m). Dès le lendemain, pour me mettre en forme, petite randonnée de 7 heures, avec ascension totale de 1 400 mètres, pour aller voir une église (ben oui, encore) et un glacier. Ça compense pour mes nombreux kachapuri (une quelque peu calorique tarte/pâtisserie au fromage garnie d’un œuf et parfois de beurre fondu).

À Kazbegi j’ai rencontré Fredrik et Thorsten, deux frères allemands avec lesquels j’ai rapidement sympathisé. Ils avaient l’intention d’aller passer une nuit à Juta, un minuscule village (enfin, faut le dire vite, c’est environ 10 maisons) dans les montagnes, et m’ont gentiment proposé de les accompagner. Nous nous sommes donc rendus là-bas, dans une jolie vallée au cœur du Caucase, et j’en ai profité pour louer un cheval. Je ne suis pas tout à fait un cowboy, mais je n’en suis pas à ma première randonnée équestre; il m’a toutefois semblé plus sécuritaire de partir avec un guide, au cas où. Je dois dire que j’ai été un peu déçu quand j’ai vu le guide arriver… à pied. Doutant de mes capacités à diriger la jument docile qui m’avait été attribuée, celui-ci, malgré mes demandes répétées, a insisté pour guider lui-même ma monture à l’aide d’une corde. Au lieu d’une folle chevauchée dans les montagnes, ce fut plutôt l’équivalent d’un tour de poney à la foire du village. Mais bon, passons.

La nuit suivante fut passée à Gori, ville natale d’un certain Iosif Dougashvili. Illustre inconnu, me direz-vous ? Ben non, bande d’incultes, c’est Staline. Cela explique d’ailleurs l’unique raison de ma visite : le musée Staline, où l’on trouve une panoplie de souvenirs se rapportant à ce célèbre géorgien, et même son wagon privé, avec lequel il se rendit entre autres à la conférence de Yalta. J’ai d’ailleurs pu y constater que, comme je m’en étais douté lors de mon voyage en train entre Moscou et Astana, les installations sanitaires des trains russes n’ont pratiquement pas évolué depuis 1945.

Ce fut tout pour Gori. Ah oui, une petite chose encore : il semble que le Lonely Planet se fasse une joie de se moquer de moi en me promettant des piscines dans des guesthouses un peu partout. Cette fois, il y avait bien une pataugeoire pour enfant, mais je me suis abstenu.

Avec plus que quelques jours avant d’aller attendre Kevin à Tbilissi, je me suis dirigé vers le sud, plus précisément à Akhaltsikhe, histoire de m’y reposer un peu et de visiter la cité troglodytique de Vardzia, dont je reviens à l’instant. Joli mais, encore une fois, quand on a fait la Cappadoce et Lalibela, il est difficile d’être impressionné par quelque bâtiment troglodytique que ce soit. Il y avait cependant de belles fresques dans l’église, que le regard sévère du prêtre m’empêcha de photographier. Il faut dire que les Géorgiens sont très pieux, et toutes les églises médiévales à visiter sont encore des lieux de culte actifs. Cela explique l’interdiction de photographier, même s’il n’y semble pas interdit d’y parler très fort au cellulaire.

C’est un peu tranquille, tout ça, non ? Ben oui, mais je vous l’avais dit, le Caucase c’est pépère. Je veux bien vous donner un peu de piquant, quand même. Et aller ! Un petit palmarès !

Top 3 des voyages en marshrutka (minibus) les plus désagréables :

3-La fois où le chauffeur, visiblement pressé, roulait à 160 km/h, parlait au téléphone, mangeait des graines de tournesol, a fait deux sorties de route et a presque heurté une vache d’au moins 500 kilos.

2- La fois où nous étions tellement entassés que j’ai passé une heure le visage directement dans les fesses d’un militaire qui, selon toute vraisemblance, n’avait pas pris sa douche depuis quelques jours.

1- La fois où j’étais assis à côté d’une bonbonne de propane qui fuyait et de son propriétaire qui le niait.

Bon, c’est tout ! Demain, Tbilissi, achat de billets de train et visite à l’ambassade… d’Irak. Je vous en dis plus très bientôt.

François 

Monday, June 17, 2013

Mais où se cache François de Montigny ?

Mais où se cache François de Montigny ? Toujours une bonne question à se poser. Car oui, la réponse peut surprendre. Cette année, on commence au Caucase.

Pourquoi le Caucase ? Première réponse : parce que je n’y suis jamais allé. Deuxième réponse : parce que j’avais l’intention d’aller faire un tour en Tchétchénie et au Daguestan. Plus de détails là-dessus dans quelques instants.

Mon amour des ex-républiques soviétiques cherchant sa satisfaction, je suis donc parti de Paris vers Tbilissi, pour me rendre directement ensuite vers Erevan. Je sais, j’ai quelque peu tardé à partager mes aventures, vous me trouvez donc à la fin de mon périple arménien. Je ne vous ferai pas un compte-rendu exhaustif des deux dernières semaines, je vous condense tout ça en quelques remarques:

-L’Arménie c’est bien chouette.

-Bien joli aussi. Tout comme les Arméniennes. Ouh lala.

-En plus on mange bien. Si vous n’aimez pas l’aneth, vaut peut-être mieux s’abstenir par contre.

-Qu’est-ce qu’il y a à voir ? Des églises. Beaucoup d’églises. Si vous en êtes tannés, y’a aussi des monastères.

-Les Arméniens sont extrêmement sympathiques et accueillants, ce qui rend tout voyage ici agréable. Idéalement, on parle un peu russe, parce que l’anglais n’est pas très fréquent. Et il y a toujours le langage des signes, notre langue maternelle à tous.

C’est bref, et je m’en excuse, mais n’y voyez pas un signe que je n’ai pas apprécié le pays, bien au contraire. Pour moi, par contre, c’est un peu pépère. Il va me falloir plus de défi que ça.

J’étais quelque peu anxieux avant de partir, comme je le suis toujours. Je me dis que le confort va me manquer, que c’est fatiguant, que je n’ai peut-être plus envie de danger comme avant. Je me surprends même à faire un plan B où je finis sur les plages du Portugal. Mais une fois arrivé, sans même m’en apercevoir, je rentre dans mes bonnes vieilles habitudes de voyage comme dans de vieilles pantoufles : ça pue mais c’est chaleureux.

Je réalise que la solitude du voyage en solo me plaît, que les conditions de vie me sont peu importantes, que rien ne me manque qui ne soit dans mon sac à dos. Je peux vivre comme ça pendant des mois, peut-être des années, errant au gré du vent avec curiosité et une soif insatiable de liberté. C’est certainement la liberté du voyage qui me rend le plus heureux. Je me surprends dans un minibus bondé sur les routes cabossées de l’Arménie, sueur au front mais sourire aux lèvres, à réaliser que rarement suis-je plus heureux que dans ces moments d’errance.

J’y vois un parfait exemple de stoïcisme : on ne s’attache à rien n’y à personne parce qu’on part le lendemain et on ne reviendra jamais. Chaque mésaventure doit simplement être prise comme telle, acceptée, puis dépassée. Les choses viennent à moi sans que je ne les demande, je me laisse flotter. Et j’adore ça.
Un bel exemple de cette liberté ? Je vous disais que je prévoyais aller en Tchétchénie et au Daguestan. J’ai fait mes recherches : démesurément cher. (« Et dangereux, hein ! » Pfft.) Ce n’est toujours pas exclu, mais voici le plan B. Après la Géorgie et un bref séjour en Azerbaïdjan (aussi dispendieux), retour en Géorgie, passage en Turquie, traversée jusqu’à Gaziantep, à la frontière syrienne. De là, Alep. Ben non, je blague. Je vais néanmoins essayer de me renseigner le plus possible sur ce qui s’y passe, essayer de rencontrer des réfugiés, bref avoir une idée de la situation sur le terrain (je devrais d’ailleurs essayer de mettre ça sur papier, on verra). De Gaziantep, Mersin, puis je rejoins Tripoli (au Liban) par bateau. J’aime bien les bateaux.

Il est aussi possible que je me rende à Istanbul, tout dépend du déroulement de la crise. (Contrairement à la plupart des gens, pour moi ça signifie que si la crise perdure et s’aggrave, j’y vais.) Bref, on verra. Je peux changer d’idée demain matin, il n’y a que moi pour en décider. Mon portefeuille aussi, mais il n’est que trésorier du conseil d’administration de ma volonté, pas PDG, et tant mieux.

Et hop ! Un rapide petit premier post de blogue. Il y en aura d’autres, promis. À bientôt !
François


P.S : Pour bien rendre justice au très joli pays qu’est l’Arménie, je vous mentionne que si vous avez la moindre question à ce propos, n’hésitez pas à me la poser, j’y répondrai promptement.