Déjà ma dernière nuit en Turquie. Je pars demain soir en
catamaran vers le Liban.
C’est fou ce que la Turquie est riche. En histoire, en
monument, en culture, en hospitalité… et en baklavas. C’est la deuxième fois
que j’y suis, et je suis à nouveau tombé en amour avec le pays, avec le
paysage, avec les villes et avec les gens. Après un éprouvant passage de
frontière, et une nuit à Cizre, ville sans intérêt, je suis parti pour
Sanliurfa, ville réputé pour sa piété et ses lieux saints. Là encore, le
Ramadan est loin d’être une blague, avec tout ce que ça implique niveau
gastronomique et alcoolique. Je dis bien gastronomique et non diététique, parce
qu’en plus de la difficulté à trouver de la nourriture lorsque le soleil
brille, le Ramadan a pour effet de réduire considérablement l’offre culinaire
des restaurants. Comme ceux-ci doivent réussir à nourrir en même temps une
horde de clients affamés dès l’iftar, on raccourcit les menus. C’est pas
compliqué : pratiquement tous les restos sont pleins à craquer au moins
15-20 minutes avant l’appel salvateur du muezzin; pas question alors d’offrir
cinquante plats que les chefs devront se démerder pour sortir en un temps
record. En gros, on mange beaucoup, beaucoup de viande grillée. Le prochain qui
m’offre une brochette, je l’étrangle.
Malgré cela, Urfa est une jolie ville, pleine de sites
historiques (la caverne où Abraham serait né, par exemple) et de jolies
mosquées. Mais le clou du spectacle se situe à une vingtaine de kilomètres de
la ville, sur une colline anonyme de la campagne anatolienne. J’avais lu sur le
site de Göbekli Tepe il y a quelques années dans le National Geographic, et j’avais été fort intéressé, mais je ne
pensais pas le visiter si rapidement. Il s’agit ni plus ni moins du plus vieux
site religieux sur Terre – il date d’environ 9 500 avant Jésus-Christ ! Le
site comme tel n’est pas si impressionnant, mais de voir ces énormes stèles aux
multiples gravures, et de penser qu’il y a 12 000 ans des humains s’y
rassemblaient, s’y recueillaient… ça fait vraiment quelque chose, même pour un
vieux cynique comme moi.
Après Urfa, Gaziantep. L’atmosphère plus détendue et la
présence de bière en fut font contraste après la rigueur d’Urfa. Une jolie
ville, un joli bazar, et - surtout ! - les meilleurs baklavas du monde. Vous ne
savez pas ce qu’est un baklava si vous n’avez pas mangé ceux d’Imam Cagdas,
c’est tout. C’est mielleux, c’est beurré, c’est moelleux, c’est craquant, c’est
divin, c’est tout. J’y pense, je bave – si Pavlov avait donné ça à son chien,
même pas besoin de cloche.
Finalement, Mersin, ma dernière étape en Turquie. Pas grand-chose
à y voir, mais c’est d’ici que part le bateau qui doit m’amener à Tripoli. Une
grande ville portuaire assez relaxe, où j’ai enfin pu trouver autre chose à
manger que de la viande grillée (du poisson ! des calamars !), et où il y a
même des bars. Je ne me souvenais même plus que ça existe.
Ça ne paraît peut-être pas à la lecture de mon blogue, mais
malgré mes efforts j’ai continué à voyager très vite, et ça fatigue. Ajoutez à
cela les nécessaires défis et désagréments du voyage, on finit rapidement par
être épuisé, et inévitablement certaines choses commencent à me manquer. En
voici une petite liste :
1-Les déjeuners (non, une brochette, c’est pas un déjeuner).
2-Avoir un éventail de possibilité pour souper qui ne se
réduit pas à deux choix. Ça fait pas un gros éventail.
3-Passer plus que deux nuits dans le même lit.
4-Enfin trouver une chambre dans laquelle il fait assez
sombre la nuit pour que je ne considère pas m’enfermer dans les toilettes pour
dormir.
5-Le rosé. Je tuerais pour un bon rosé.
6-Un hôtel où les femmes de chambres et/ou l’administration
entrevoient la possibilité que le client dorme encore à 10h30.
7- Des pâtes. Je regarde The Sopranos en rafale et c’est fou
le nombre de scènes où tout le monde mange des pâtes.
Je sais, je me plains tout le temps, mais j’aime tout de
même mieux être en voyage qu’être à la maison. De toute façon, le retour ne
saurait tarder. Le Liban ce n’est pas très grand, et si on exclut de mon
itinéraire les zones problématiques, c’est vraiment minuscule. Ah oui, ça et j’ai
plus un sou. Me contacter en privé pour faire un don.
Alors voilà. Des nouvelles du Liban très bientôt, promis; et
aussi quelques photos, dès que je trouve le temps.
François
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